INSPIRATION : IRVING PENN

Génial, visionnaire, simpliste, dérangeant,… Tous ces termes pourraient le décrire..Certains le considèrent comme le plus grand photographe du XXème siècle. Son style est atypique, un mélange d’académisme hérité des peintres flamands et de créativité débridée. Présentation d’un incontournable pourtant discret.

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Chaque semaine pour le blog, je dois trouver de l’inspiration, évidemment en termes de looks, de silhouettes, de style et j’aime m’inspirer du monde l’art…. Souvenez vous …

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Et en préparant un prochain shooting où je vais reprendre les premières  couvertures de Vogue, c’est une tout particulièrement, qui a attiré mon attention. Elle était signée Irving Penn… Mon nez et mes yeux une fois plongés dans son travail, je n’arrivais plus à lâcher… Il fallait que j’en sache plus : Irving qui étais tu ? Et comment ton nom est devenu synonyme de NATURES MORTES, FLEURS, PORTRAITS PAS COMME LES AUTRES, PUBLICITES DECALEES…

Plus qu’une vision, un visionnaire….

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Mais retour en arrière….

Reprenons au point de départ…

Né en 1917 dans le New Jersey, aux Etats-Unis, Irving Penn se dirige très tôt vers le monde des arts, en choisissant d’aller juste après sa graduation au Philadelphia Museum of Industrial Art. Là-bas, il passe 4 ans à l’apprentissage du dessin et de la peinture. A noter que son petit frère, Arthur Penn, prend aussi cette voie et deviendra un réalisateur à succès, à qui l’on doit notamment Bonnie & Clyde (1967), avec Warren Beatty, Gene Hackman et Faye Dunaway.

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Irving Penn,1986, Autoportrait

En parallèle de sa vie d’étudiant, il commence à collaborer avec le magazine Haper’s Bazaar, illustrant des articles sur la mode. A la sortie de l’école, il se lance dans le design, tout en prenant en main un outil qui ne le lâchera plus, l’appareil photo.

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Irving Penn et son mythique Rolleiflex

En 1941, il se voit offrir une place de directeur artistique au magazine Vogue, et au bout de quelques mois, on lui demande de prendre des photos pour le magazine. C’est le début d’une collaboration qui durera jusqu’à son décès en 2009.

Son style : simple et efficace

Pas de top models qui sautent en l’air à la plage, pas de décors extravagants, pas d’instants décisifs, pas de dents blanches éclatantes… Avec Irving Penn, le minimum c’est le maximum. Des visages, des corps, des vêtements tout de même, quoique… Et ce fond gris derrière le sujet. La simplicité apparente est trompeuse. Lorsque cet ancien élève en design, attiré par la peinture, doit superviser les couvertures du magazine « Vogue » en 1943, sur une idée du génial directeur artistique Alexander Liberman, il dessine des croquis avant de comprendre qu’aucun photographe ne fera selon ses envies. Il s’empare d’un Rolleiflex et s’y met. Il réalisera 150  couvertures en cinquante ans.

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Ainsi, son travail le plus personnel est sur ce registre, un noir & blanc contrasté sans fard ni paillettes. La discipline qui retiendra toute l’attention d’Irving Penn la plus grande partie de sa vie sera le portrait. Toutes les heures qu’il aura passé sur ses natures mortes lui ont donné un sens aiguisé de la lumière. Il l’utilise pour souligner les formes et les textures des objets qu’il prend en photo, que ce soit des poires, des canettes ou des fleurs. Il aime d’ailleurs à répéter que prendre la photo d’un gâteau peut se révéler être un art.

« Je pense que le noir & blanc est intrinsèquement meilleur que la couleur. Je crois que je n’ai jamais vu une photographie en couleur vraiment belle. »

 Irving Penn

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Son passage au portrait n’est que le prolongement de ce travail, et ce qui l’intéresse, c’est que prendre la photo d’une personne apporte son lot de psychologie, pour faire tomber ce masque qu’ont les adultes lorsqu’ils se savent pris en photo.

« C’est le principal problème du portrait, de passer derrière la façade que les gens veulent bien vous présenter. »

Irving Penn

Jamais une image n’est saisie en lumière naturelle ou en extérieur. Penn voyageait avec un studio mobile, faisait venir les gens à lui. Son cadre ne les enferme pas. Le photographe avait pour habitude à partir des années 1960 de retirer ses négatifs au platine. Une technique ancienne qui donne un grain si particulier, si graphique. Aucun tirage n’est identique. La photographie s’efface, on dirait du dessin au fusain : noir profond, gris poussiéreux, blanc sorti d’une palette. Ses natures mortes sont aussi impressionnantes, dignes des classiques de la peinture flamande. Et, pour certaines, non dénuées d’humour : une pastèque en couleur, un fromage à moitié dégoulinant attaqué par une fourmi. Le best of des célébrités – Picasso au chapeau, Capote écrasé par sa main triturant ses lunettes –, capte l’attention, mais ce sont des clichés si connus qu’ils ne provoquent pas une passion débordante.

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Penn fréquente les plus belles femmes du monde, mais, dès qu’il le peut, il shoote  des corps nus et gras, avec la même méticulosité. Comme s’il voulait se libérer de ses commandes et d’une mode trop parfaite. Dans un autre espace, vingt et un crânes de différents animaux sont alignés côte à côte, pour la première fois – un travail qui date de 1986. Le jeu peut consister à nommer chaque bête à partir de la forme de son crâne. Cette série répond à l’obsession d’Irving Penn : créer la beauté partout, même dans ce qui rebute.

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Un regard sur la publicité

Ces portraits qui n’ont pas pour ambition d’être consensuels attirent très vite l’intérêt des publicitaires. Une attention qui surprend en premier lieu Irving Penn. En effet, le monde de la photographie commerciale est réputé pour être celui de la perfection sur papier glacé, de la retouche à l’excès (même dans les années 1960).

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Comme cette publicité pour l’Oréal en 1986… Ou cette bouche ressemble plus à une palette d’artiste…qu’autre chose… Elle est comme déshumanisée…

A ce propos, le photographe développe une théorie qui mérite réflexion :

« Finalement, la photo publicitaire idéale est une photographie hautement sensuelle. C’est néanmoins une sensualité contrôlée et habituelle.

(…) En fait, les clients des compagnies publicitaires à succès ont l’air d’accorder plus de valeur aux images sensuelles que les rédacteurs en chef de magazines, car ils savent que c’est un moyen de pousser à l’achat le public. »

Irving Penn

Un point de vue intéressant qui prend du relief avec ces dernières années d’érotisation à outrance de la publicité. Irving Penn nous quitte en 2009 mais avec cette juste interrogation : Et si la sensibilité ultime était une incursion dans l’intime du modèle, et non son intimité ? Voilà peut-être un des axes de la photographie de portrait de demain ?

 

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